Résumé. Un regard sur les politiques qu’un pays peut envisager pour augmenter la valeur d’une monnaie.
Un lecteur s’interroge : quelles stratégies un pays peut-il mettre en œuvre pour faire grimper la valeur de sa monnaie ? La question vise en particulier ceux qui ambitionnent de rivaliser avec le dollar américain : Chine, Inde, Brésil, Russie et consorts.
Concrètement, plusieurs leviers sont à la disposition des États pour redresser leur devise.
- Vendre des réserves en devises étrangères et acheter leur propre monnaie
- Relever les taux d’intérêt pour attirer des capitaux internationaux
- Agir sur l’inflation pour renforcer la compétitivité des exportations
- Mener des réformes structurelles pour doper la compétitivité sur le long terme
1. Vendre des réserves en devises étrangères et acheter sa propre monnaie
La Chine détient plus de 1 400 milliards de dollars d’obligations d’État américaines. Si Pékin décidait de liquider ces titres et de rapatrier les fonds, la pression serait immédiate : le billet vert perdrait de la valeur, tandis que le yuan s’apprécierait. L’abondance de dollars sur le marché, couplée à une demande accrue pour le yuan, amplifierait ce mouvement. La Chine, du fait de ses énormes réserves, détient donc un certain pouvoir d’influence sur le cours du dollar.
En réalité, il suffirait à la Chine de cesser d’acheter des actifs en dollars pour enclencher une appréciation du yuan. À ce jour, la Chine affiche un excédent commercial conséquent avec les États-Unis. Normalement, cet afflux de devises devrait faire grimper sa monnaie. Mais Pékin choisit délibérément de réinvestir ses dollars dans des actifs américains, maintenant ainsi un yuan déprécié et des exportations plus compétitives.
La situation est bien différente pour la Russie ou le Brésil, qui possèdent beaucoup moins de réserves en dollars. Leur marge de manœuvre pour agir sur leur devise par ce biais reste donc limitée.
2. Relever les taux d’intérêt
Hausser les taux d’intérêt attire ce qu’on appelle des « flux d’argent chauds » : des capitaux qui affluent vers les pays offrant les rendements les plus attractifs. Avec des taux proches de zéro aux États-Unis, les marchés émergents qui relèvent leurs taux deviennent soudain très séduisants pour les investisseurs à la recherche de placements rémunérateurs.
Une telle politique présente toutefois un revers. Voici les principaux risques à garder en tête :
- Des taux d’intérêt plus élevés freinent la croissance économique. En période de ralentissement, les relever peut même aggraver la situation. Par exemple, lors d’une récession, cette stratégie risquerait d’étouffer l’économie au lieu de la renforcer. À l’inverse, si la conjoncture est dynamique, une hausse des taux peut permettre une appréciation de la devise tout en tempérant la surchauffe.
3. Attentes et signaux envoyés aux marchés
Peu de pays cherchent actuellement à renforcer activement leur taux de change. La Suisse, longtemps perçue comme une valeur refuge, a ainsi vu les capitaux affluer vers le franc suisse. Mais cette appréciation inquiète les autorités suisses : une monnaie trop forte pénalise les exportateurs. Si un État affiche clairement sa volonté d’un taux de change élevé et que sa crédibilité est reconnue, il peut attirer les spéculateurs et voir sa monnaie monter sous l’effet de ces anticipations.
4. Réduire l’inflation
Un pays dont l’inflation reste inférieure à celle de ses concurrents gagne en attractivité : ses produits deviennent plus compétitifs, la demande pour sa monnaie augmente. Sur le long terme, une inflation maîtrisée renforce la valeur de la devise. Pour y parvenir, les gouvernements et banques centrales peuvent durcir leur politique monétaire et budgétaire, ou s’attaquer aux causes structurelles via des réformes.
5. Réformes structurelles pour renforcer la compétitivité
À plus long terme, la robustesse d’une monnaie s’appuie sur les fondamentaux économiques : faible inflation, gains de productivité, stabilité politique et économique. Prenons l’exemple de l’Inde : même avec des taux d’intérêt élevés, la monnaie peut stagner si l’inflation reste forte, car les investisseurs redoutent la perte de valeur. Pour asseoir la force d’une devise, il faut donc miser sur les politiques de l’offre : stimuler la compétitivité, abaisser les coûts de production, moderniser l’appareil productif. Privatisations ou rationalisation des coûts apportent un soutien durable à l’industrie exportatrice.
Difficulté à influencer durablement le taux de change
Modifier la valeur d’une devise ne relève pas d’un simple tour de main pour les pouvoirs publics.
Pour illustrer ces limites, trois situations récentes méritent d’être soulignées :
- En 1992, le Royaume-Uni a tenté de défendre la livre sterling au sein du Mécanisme de change européen. Vente de devises, rachat massif de livres, relèvement brutal des taux d’intérêt… Rien n’y a fait : les marchés n’y ont pas cru. La spéculation a continué, forçant finalement le pays à laisser filer la livre.
- Autre cas : le Canada. Quand une économie dépend fortement de l’exportation de matières premières, il devient ardu de soutenir sa monnaie si les prix des ressources chutent. Ainsi, une baisse du prix du pétrole fait quasi mécaniquement chuter le rouble russe. Diversifier l’économie pour ne plus dépendre d’un seul secteur apparaît alors comme la seule voie, mais cela demande du temps.
- Enfin, réduire les coûts salariaux peut soutenir la monnaie sur le long terme, mais parvenir à freiner la hausse des salaires reste un défi de taille, qui s’inscrit rarement dans le court terme.
Une monnaie forte, pour qui et à quel prix ?
Disposer d’une devise solide n’a rien d’un cadeau tombé du ciel. Si elle allège la facture des importations et peut améliorer le quotidien de la population, elle complique la tâche des exportateurs et peut freiner l’activité. Pour creuser la question, voir : Impact de l’appréciation
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Le marché des devises ressemble à un champ de forces en perpétuelle tension. Derrière chaque hausse ou baisse, des décisions stratégiques, des paris économiques, et l’ombre d’une question : jusqu’où un pays peut-il vraiment infléchir le destin de sa monnaie ?




